Cambodge: Norry, le train de bambou

Le train de bambou, appelé « Norry » en Khmer, est une forme originale de transport ferroviaire que l’on peut rencontrer sur la voie ferrée qui traverse de part en part le Cambodge.
Un Norry est constitué d’un plateau de bois et de bambou d’environ 2,5 x 4 mètres posé sur deux essieux ressemblant à de grosses altères et motorisé à l’aide d’un petit moteur thermique. Il chemine ainsi sur les voies ferrées du Cambodge.
La plateforme est suffisamment grande pour permettre le transport d’une quinzaine de personnes ou d’une tonne et demie de marchandise.
Le voyage se fait dans un enchaînement de soubresauts, de cahots… mais à une vitesse pouvant atteindre les 50km/h ! Ajoutons que le freinage se fait au pied.


 

Un norry dans la campagne cambodgienne

 

Montage et démontage d’un norry

 

Moteur utilisé sur un norry

 

Histoire du Norry:

Initialement, les Norry étaient utilisés par les mécaniciens chargés d’entretenir les voies ferrées pour se déplacer sur celles-ci.
Leur utilisation remonterait aux années 1970.
A cette époque, les Norry n’étaient pas encore équipés de moteur et pour déplacer leur frêle embarcation sur les rails, leurs passagers utilisaient de longues perches de bambou à la manière d’une rame.
Durant la guerre civile qui secoua le Cambodge dans les années 1980 leur utilisation se répandit. La voie ferrée traversant le Cambodge d’Est en Ouest permettait alors d’acheminer rapidement les soldats vers les zones de conflits.
C’est également à cette période que les villageois commencèrent à « bricoler » leurs premiers Norry afin de s’affranchir du mauvais état des routes. C’est sur les chars d’assaut abandonnés qu’ils récoltèrent la plupart des pièces nécessaires à la fabrication des essieux.
La dernière grande évolution du Norry est plus récente : l’énergie humaine a été remplacée par de petits moteurs de bateaux posés sur le plateau de bambou et entraînant un des essieux au moyen d’une courroie.

 

La voie de chemin de fer cambodgienne

 

Rencontre sur la voie ferrée

 

Règles de circulations:

À transport particulier, code de conduite particulier.
Il n’existe au Cambodge qu’une voie ferrée longue de 630km. Elle part de la frontière thaïlandaise, traverse Phnom Pen, la capitale et rejoint la côte, au sud du pays.
Cette voie unique est utilisée sur plus de 270km par les Norry, qui l’empruntent donc dans les deux sens de circulation.
Lorsque deux Norry se croisent, c’est le moins chargé que l’on démonte afin de laisser le passage au plus lourd. Pour cela, on compare le nombre de passagers de chaque engin ; la présence d’une mobylette donnant priorité au Norry qui la transporte.
A ces manœuvres, s’ajoutent les démontages obligatoires pour éviter une collision avec les trains de marchandises circulant aussi…
Les trains de marchandise ne se déplacent qu’à 20km/h et ne circulent que 2 ou 3 fois par jour, à horaire fixe. Ils ne présentent donc pas un réel danger pour les utilisateurs du Norry qui démontent leur véhicule et le déposent sur le bord de la voie en moins de deux minutes !

 

Conductrice d’un norry

 

Quel avenir pour les trains de bambou:

Depuis 2009, la suspension de la liaison ferroviaire entre Phnom Penh et Battambang a renforcé l’utilisation des trains de bambous pour le transport de passagers et de marchandises.
De plus, ce petit train constitue aujourd’hui une attraction touristique à part entière, les touristes voulant tous essayer le « Bamboo Train » lors de leur visite de Battambang ou Pursat, les deux principales « gares » de Norry.
Cependant, un accord signé entre le gouvernement, la Royal Railways of Cambodia et des sociétés privées prévoit une remise en service complète du réseau, ainsi qu’une modernisation de ce dernier, permettant aux trains de circuler à « grande vitesse » à partir de 2013. Le partage de la voie avec les Norry sera donc compromis.
En attendant, bien qu’il soit déjà considéré comme illégal (les conducteurs de Norry graissent de temps à autres la patte de la police pour pouvoir circuler), le Norry continue de rendre service aux habitants et d’enchanter les touristes qui l’empruntent.

 

Tout le monde à bord!

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